La légende du Vegan-Garou (ou pas)

Je me souviens du jour où je suis devenu vegan.

En rentrant de mon travail de disséqueur de souris vivante, activité qui me passionnait depuis tout petit, j’avais fait un bon dîner : steak, omelette au bacon et au fromage, et cheesecake au miel en dessert. J’étais ensuite allé me coucher dans mon pyjama en cuir de loutre adolescente véritable. Pendant la nuit, j’avais ressenti une sensation particulière, comme si quelque chose se passait à l’intérieur de moi.

Il devait être environ 3H du matin lorsque j’ouvris les yeux. Ce qui m’apparut alors était incroyable, et je me le rappellerai toute ma vie : une présence éthérée, une sorte de vapeur blanche flottait au-dessus de mon lit, et me parlait. Je ne saurais vous dire ce que cet esprit me disait, car les mots m’étaient totalement inintelligibles. Mais j’avais confiance en lui, je l’écoutais comme si je le comprenais. J’étais calme. J’étais bien. Puis, je me rendormis.

Je me réveillai vers 8H, et réalisai que mon pyjama en cuir s’était changé en pyjama en coton bio issu d’une filière de commerce équitable. Ce fut ma première surprise. Puis, en ouvrant la porte de mon réfrigérateur, je vis l’impensable : mes saucisses d’ours, mes merguez, mes côtelettes, mes yaourts au lait de vache et de truie et mon poulpe en gelée avaient tous disparu. A leur place, se trouvaient des yaourts au soja, du tofu soyeux, des légumes, des fruits et de la margarine…

Je fus soudainement pris d’une envie irrésistible de me faire une tartine de confiture de coing sans gélatine de porc et d’aller manifester pour la fermeture des abattoirs. J’avais perdu, soudainement, toute attirance pour la chasse au chiot et la corrida, la veille encore mes activités favorites.

J’étais devenu vegan pendant la nuit.

Une enquête a d’ailleurs révélé que c’est comme ça que la plupart de gens deviennent vegan. En effet, 98% des vegans d’internet interrogés sont devenus vegan « pendant la nuit » (les 2% restants ne s’étant pas prononcés « par peur de représailles »). Il convient néanmoins de se référer également à une autre enquête, organisée cette fois auprès de ce qu’on appelle « les vrais gens de la vraie vie » (c’est le terme technique) : le chiffre tombe à 0%, mais c’est très certainement une erreur de calcul.

Comme tout dans la vie, la véganisation est un procédé qui prend effet immédiatement, sans qu’il soit besoin de transition. Comme la puberté, ou la démocratie. Tout ça arrive pendant la nuit, du jour au lendemain, et c’est ce qui fait la beauté de la chose.

Certaines légendes sinistres racontent l’histoire de gens qui seraient devenus vegan par étapes, progressivement. J’en tremble rien que d’en parler. C’est le genre d’histoires que l’on raconte le soir, auprès du feu de camp, en faisant griller ses marshmallows au soja et ses brochettes de seitan, quand on veut se faire une frayeur.

Le paragraphe suivant est très violent et je conseillerais donc aux personnes sensibles de s’abstenir de le lire.

Ces gens dont parlent les légendes auraient d’abord diminué leur consommation de viande, puis, réalisant que ça ne leur manquait pas et qu’ils se sentaient même mieux, auraient complètement arrêté. Avec, peut-être, quelques exceptions – brrrr, j’en tremble. Puis, ils auraient cessé de consommer des produits laitiers, sauf le fromage. Puis les œufs. Puis, finalement, le fromage. Et enfin, auraient terminé leur véganisation, plusieurs années après – vous imaginez ! – en laissant tomber le reste, miel et compagnie.

On raconte même que certains ne seraient jamais devenus complètement vegan, qu’ils consommeraient encore du beurre quand ils sont invités quelque part et que l’hôte en a mis dans les patates, qu’ils continueraient à utiliser des téléphones portables issus de l’exploitation des travailleurs Chinois, ou qu’ils financeraient les abattoirs en achetant leur baguette auprès de boulangers omnivores.

Heureusement, toutes ces histoires ne sont que des légendes. Si, que Dieu-Quinoa nous en préserve, elles avaient un fond de vérité, ce serait en tout cas un fond de légumes sans matière animale.

4 Comments on "La légende du Vegan-Garou (ou pas)"

  1. Juste en lisant j’ai flippé.

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