Plaidoyer pour la compréhension mutuelle et les bisous et les chatons

De la même manière qu’il n’y a pas qu’une seule gauche, qu’une seule théorie de la souveraineté du peuple ou qu’une seule graphie au terme de « clef » (et bientôt « d’oignon », mais où va le monde), il n’y a pas qu’un seul courant du véganisme.

Je peux même vous dire que ça se dispute grave.

Soyons clairs : la plupart des végétariens/végétaliens ne sont sans doute même pas au courant de ces débats, notamment en France où la communauté philosophico-scientifique est assez peu nombreuse dans le domaine. C’est différent aux Etats-Unis, par exemple, où certains mouvements ont même des leaders (ça fait peur).

Aujourd’hui, je souhaiterais parler de ces guéguerres en présentant rapidement deux grands courants : les abolitionnistes et les welfaristes. Je précise tout de suite que je ne risque pas de prêcher pour ma paroisse, puisque je n’en ai pas. Ces labels sont même parfois un peu dangereux et contre-productifs, parce qu’ils séparent des gens qui devraient travailler en commun pour la cause animale. Je précise aussi que c’est TRÈS synthétique et qu’on ne peut pas résumer des courants complexes comme ceux-ci sans trahir leur pensée. Mais ça ira pour des padawan

Bref.

Le welfarisme, comme son nom l’indique, vise le bien-être animal. En pratique, cela revient à réformer pour améliorer les conditions de vie des animaux dans les élevages, par exemple. Élever une poule en plein air avant de la tuer, c’est toujours mieux, ou « moins pire« , que de l’élever dans une cage avant de la tuer. La reconnaissance de l’animal comme « être sensible » dans notre droit (article 515-14 du code civil) ou les campagnes anti-gavage des oies ou anti-corridas relèvent de cette logique.

L’abolitionnisme vise la suppression de l’exploitation des animaux. C’est-à-dire que les réformes ne sont pas acceptables. Seule l’abolition complète de l’esclavage animal l’est. Élever une poule en plein air ou dans une cage, c’est exactement la même chose. Voici un argument classique qu’opposent les abolitionnistes aux welfaristes : « si un pédophile passait de ving-cinq enfants violés par mois à douze enfants violés par mois, serait-ce un progrès ? » (comme partout, la rhétorique végane utilise à l’envi le point godwin). En gros, le mal est le mal, il n’y a pas plusieurs degrés de mal dont certains seraient plus acceptables que d’autres. Parmi les chefs de file contemporains de ce courant, les américains Gary Francione et Tom Regan.

A mon humble avis, et contrairement à la classification largement admise, les deux théories ne doivent pas être placées sur le même niveau de réflexion et ne sont ainsi pas du tout incompatibles. L’une est une éthique, l’autre un mode d’action. L’abolitionnisme doit être le but, l’horizon éthique que la société doit atteindre. L’objectif ultime doit être la libération animale, l’arrêt complet de l’exploitation de l’animal non-humain par l’homme. Mais soyons pragmatiques. Comme les autres débats sociétaux d’importance, cela ne peut pas arriver du jour au lendemain. Alors, et même si cela ne peut être qu’un pis-aller temporaire, tout progrès est bon à prendre. Si l’on arrête de gaver les oies, c’est déjà ça, et cela n’empêche pas que l’on continue la lutte pour leur libération en attendant le Grand Soir. C’est un mode d’action plus pragmatique et qui a plus de chances de réussir à court terme que celui qui reviendrait à crier à chaque mangeur de viande « meurtrier ! Bourreau ! Assassin ! ».

Oui, parce que ça aussi ça existe, dans notre « communauté ». Et c’est, à mon avis, assez contre-productif. Bizarrement, les gens sont souvent plus réceptifs quand on leur explique les choses calmement que lorsqu’on leur gueule dans les oreilles en postillonnant.

En substance, je trouve dommage que des gens qui, au fond, ont le même objectif se tapent dessus. Ça aussi, c’est contre-productif. La viande, c’est mal, certes. Mais on ne changera pas les mentalités du jour au lendemain. Comprendre cela ne signifie pas abandonner ses principes moraux ou ralentir la lutte.

Vous allez finir par vous aimer les uns les autres, bordel de merde ?

Quant au mois de mars, je vous aurais prévenu. Y’a plus d’saisons ma bonne dame.

1 Comment on "Plaidoyer pour la compréhension mutuelle et les bisous et les chatons"

  1. Mince, je viens d’apprendre un truc, je ne savais pas que de grands mouvements se tiraient dans les pattes. Ca ne m’étonne qu’à moitié…
    Cela dit, difficile d’opposer quoique ce soit à l’argument classique que tu cites…

Laisser un commentaire