Le poids des veaux, le choc des photos

Une association suisse, Tier im Fokus, propose de mettre des images montrant les « vraies » conséquences de l’exploitation animales sur les emballages de viande (lien en allemand), un peu comme ce qui se fait pour le tabac. Mais les images choc sont-elles les plus à même de sensibiliser les gens aux problématiques liées à l’antispécisme et au véganisme ?

Dans la lignée de ce qui a été fait pour le tabac ou pour la prévention routière, des militants ou associations animalistes, de plus en plus, se servent d’images choc pour véhiculer leur message. Certaines sont plus visibles que d’autres, mais en tout cas, cette approche a le vent en poupe. On n’hésite plus à montrer l’intérieur des abattoirs, les animaux morts, des cadavres en charpie, en se disant que le fait d’être confronté à la réalité va provoquer chez les gens un sursaut de conscience et une remise en question de leurs propres pratiques et croyances.

Parfois, la mise à mort ou les images choc sont transmises par un tout autre truchement que celui des associations promouvant le véganisme : certains se souviennent peut-être de cet épisode de l’émission The Island dans lequel les candidats avaient tué un cochon et un caïman, et qui avait fait scandale (désolé pour le lien vers Public, c’était ça ou jeanmarcmorandini.com, le Monde diplo n’ayant pas d’article sur la question). Cela montrait en outre, une nouvelle fois, que les gens ne réalisent absolument pas que leur steak ou leur tranche de jambon provient exactement du même processus. La différence étant peut-être que les candidats de l’émission n’avaient peut-être pas les moyens de se faire des haricots ce jour-là, contrairement aux téléspectateurs.

Autant le dire tout de suite, je me fiche complètement de choquer. Je ne considère pas qu’il faille protéger la sensibilité des gens si cela signifie mettre fin à l’exploitation animale. Ce n’est donc pas cela qui me gène. En revanche, je me pose la question de l’efficacité de ces campagnes : n’est-ce pas parfois inutile, voire contre-productif ? Je me suis longtemps dit ça : si je dois voir des cadavres d’enfants à chaque fois que je me renseigne sur telle ou telle guerre, ça me donnera plutôt envie d’arrêter de me renseigner. Une étude américaine révélait en 2015 que les pubs morbides anti-tabac provoquaient l’inverse de l’effet recherché chez les fumeurs. Bien sûr, une autre étude a montré le contraire. Bref.

Ne faut-il pas plutôt véhiculer des messages positifs : « manger végé, c’est bon pour la santé ! », « Dans un monde sans élevage, la faim dans le monde n’existe pas ! » ? Peut-être. Ces messages existent aussi, bien sûr, mais sont certainement moins visibles, car moins provoquant. Tout cela relève du choix des bonnes stratégies de communication, tout simplement. Concernant les images circulant sur les réseaux sociaux, par exemple, qu’est-ce qui est efficace, qu’est-ce qui ne l’est pas ?

Le rappel brut et sans complaisance à la réalité ?

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L’horrible appel au pathos ?

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Les citations à la con hors-contexte rédigées avec une police pourrie qu’on se croit obligé de mettre en exergue sur une image avec la tête d’Einstein au fond ?

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Les rappels scientifico-practico-informatifs ?

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L’humour ?

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Crédit : www.insolente-veggie.com

2 Comments on "Le poids des veaux, le choc des photos"

  1. D’un côté, encore plein de gens ne savent pas/ne veulent pas savoir comment c’est dans un élevage. Là y ‘aurait plus le choix. D’un autre côté faut « contrebalancer » avec des bébés mignons dans le pré pour éveiller la sensibilité (comme les chatons)???

    • J’ai tendance à penser de plus en plus que les bébés mignons ne servent pas à grand chose (heu, les photos, hein, j’veux dire). Ce qui me semble le plus efficace, selon les personnes, est la photo choquante ou le mème « raisonnant ». Mais c’est vraiment une intuition 😉

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